Je suis rentrée chez mes parents avec le sourire, impatiente de leur faire une surprise. Mais à l’instant où j’ai franchi la porte de leur maison à Saint-Cloud, je les ai trouvés étendus au sol, immobiles et inconscients. À l’hôpital, les médecins ont lâché 1 mot qui a fait basculer ma vie : empoisonnés.

— Médicaments ? Produits ménagers ? avait demandé une femme en uniforme.

— Je… je ne sais pas… je viens d’arriver…

À l’hôpital Ambroise-Paré, un médecin l’avait tirée dans le couloir, loin des portes battantes, loin des machines qui bipaient comme si la vie pouvait se compter en signaux.

— Nous devons attendre les analyses toxicologiques, mais leurs symptômes évoquent un empoisonnement.

Empoisonnement. Le mot avait heurté Camille comme une gifle. Il n’avait pas sa place dans la maison où sa mère cousait des rideaux pour les voisins, où son père notait les anniversaires sur un vieux calendrier, où les disputes les plus dures portaient d’habitude sur les vacances de Noël ou la sauce du gigot.

Elle avait appelé son mari. Adrien était arrivé 35 minutes plus tard, encore en veste de costume, essoufflé, pâle juste comme il faut. Il l’avait prise par les épaules avec cette douceur étudiée qu’elle avait toujours prise pour de la solidité.

— On va comprendre, avait-il répété. Je te promets qu’on va comprendre.

Pendant 2 jours, Camille avait vécu dans la salle d’attente des soins intensifs avec un gobelet de café froid, l’échographie toujours dans son sac, devenue obscène. Les policiers avaient pris sa déposition. Ils avaient posé des questions sur les habitudes de ses parents, leurs voisins, d’éventuels conflits, leurs médicaments, leurs finances. Camille avait répondu sans réfléchir que ses parents n’avaient aucun ennemi. Sa mère faisait des confitures pour tout le quartier. Son père prêtait sa perceuse même aux gens qu’il n’aimait pas. Il n’y avait pas d’ennemi possible dans leur monde.

Puis les résultats étaient tombés.

Cyanure.

Le mot n’avait plus rien de théorique. Les visages des enquêteurs s’étaient fermés, leurs gestes s’étaient durcis. Ses parents étaient toujours inconscients, branchés à des machines qui respiraient à leur place. Camille ne quittait presque plus l’hôpital. Elle dormait par à-coups dans un fauteuil. Adrien faisait les allers-retours, apportait des vêtements, parlait avec la police, s’occupait des papiers, appelait les assurances. Tout le monde autour d’elle commençait à le regarder comme le gendre idéal dans la tempête. Tout le monde sauf sa mère, qui dormait encore.