Je suis rentrée chez mes parents avec le sourire, impatiente de leur faire une surprise. Mais à l’instant où j’ai franchi la porte de leur maison à Saint-Cloud, je les ai trouvés étendus au sol, immobiles et inconscients. À l’hôpital, les médecins ont lâché 1 mot qui a fait basculer ma vie : empoisonnés.

Cette nuit-là, elle s’assit entre les lits de ses parents, un bras sur chaque matelas, comme lorsqu’elle était petite et qu’elle craignait l’orage. Vers 5 h, sa mère bougea les paupières. Camille se pencha d’un coup, sa chaise raclant le sol.

— Maman ? C’est moi. Je suis là.

Les yeux de Françoise s’ouvrirent à peine, flous d’abord, puis traversés d’une peur si brute que Camille sentit son propre cœur heurter ses côtes. Les doigts de sa mère trouvèrent sa main et s’y accrochèrent avec une force dérisoire mais désespérée. Ses lèvres sèches tremblèrent.

— Thé… souffla-t-elle.

Camille se rapprocha encore.

— Qui, maman ? Dis-moi qui.

Le regard de Françoise se fixa sur elle, puis sa bouche forma 1 nom.

— Adrien.

Les alarmes s’affolèrent aussitôt. Des infirmières arrivèrent, firent reculer Camille, demandèrent du calme, ordonnèrent du repos. Mais le mal était fait. Ou plutôt, la vérité avait commencé à respirer.

Thé. Adrien.

Sur la chaise du couloir, Camille revit tout. Les dîners du dimanche. Sa mère servant la tisane à la verveine ou à la camomille. Adrien souriant, charmeur, reconnaissant, insistant parfois lui-même pour aider à la cuisine, pour porter les plateaux, pour sucrer les tasses. Ce qu’elle avait pris pour de la politesse lui apparut soudain comme une chorégraphie répétée.

Au lever du jour, pour la 1re fois depuis 1 semaine, elle quitta l’hôpital et retourna seule à Saint-Cloud. Le soleil inondait la façade comme si rien ne s’était passé. À l’intérieur, cette odeur d’amande persistait, plus faible, mais toujours là, collée au bois, aux rideaux, à sa mémoire.

Elle monta directement dans l’atelier couture de sa mère. C’était la pièce la plus ordonnée de la maison, celle où chaque bobine avait sa couleur et chaque patron sa chemise cartonnée. Dans le dernier tiroir du bureau, sous des coupons de lin et un mètre ruban, elle trouva une enveloppe avec son prénom.

Camille,

Si tu lis ceci, n’affronte pas Adrien seule. J’ai caché une preuve. Garde-manger, derrière la farine. Donne tout à la capitaine Rios.