— Adrien Lemaire, lança Rios. Ne bougez plus.
Il sourit.
— Capitaine, je peux tout expliquer.
— À plat ventre. Maintenant.
Pendant 1 seconde, Camille crut qu’il allait obéir. Puis ses yeux s’arrêtèrent sur son sac, entrouvert, où l’échographie dépassait légèrement. Son expression changea encore. Un pli de bouche, presque amusé.
— Ah… félicitations, murmura-t-il.
La façon dont il le dit lui donna envie de vomir.
— Tu les as empoisonnés, souffla Camille.
Il la regarda sans détour, comme si le théâtre ne servait plus à rien.
— J’ai réglé un problème.
Le silence qui suivit fut pire qu’un cri.
— Tes parents voulaient un contrat plus strict. Ils fouillaient dans mon passé. Ils menaçaient de te parler. Il fallait les faire taire.
— Tu es fou.
— Non, répondit-il sèchement. Je suis pratique.
Rios avança d’1 pas.
— Lâchez toute idée stupide. C’est terminé.
Adrien eut un rire bref.
— Terminé ? Vous croyez vraiment que cette histoire parle d’amour ? Je l’ai épousée parce qu’elle faisait confiance aux gens. Parce qu’elle était facile à rassurer. Parce que sa famille avait des biens, des placements, une maison. C’est tout.
Les jambes de Camille vacillèrent. Une partie d’elle voulait encore le gifler, le nier, se réveiller. Une autre comprenait soudain des dizaines de détails qu’elle avait refusé de voir. Son irritation quand elle parlait de séparation de biens. Son insistance à l’accompagner à tous les rendez-vous administratifs. Sa curiosité trop vive sur les assurances-vie de ses parents. Les 3 fois où il avait changé de version en racontant sa jeunesse à Lyon, puis à Nantes, puis à Montpellier.
— Si elle n’était pas arrivée si tôt, continua-t-il en désignant Camille du menton, ils seraient morts. Ensuite j’aurais aidé mon épouse en deuil à gérer les papiers. Et si elle était devenue encombrante…
Il haussa les épaules.
— Les accidents existent.
Le téléphone de Camille vibra. L’hôpital. Adrien jeta un coup d’œil à l’écran et comprit avant elle.
— La vieille s’est réveillée, dit-il entre ses dents.
Ce fut l’instant où tout explosa. Rios bondit pour l’attraper. Un officier lui saisit le bras. Adrien se dégagea avec une violence animale et se jeta dans la cuisine. Un tiroir claqua. Quand il se retourna, il tenait le couteau utilitaire du père de Camille, celui qui servait autrefois à couper les liens des cartons.
— Reculez ! cria-t-il. Je ne vais pas en prison pour une tisane.